JEMA 2017 – Jolies rencontres

Comment faire son choix parmi la multitude d’ateliers qui ouvrent leurs portes pour les Journées européennes des métiers d’art ?! Pour faire le mien, j’ai suivi les conseils d’un ami (merci Alain !) et je me suis rendue à l’atelier Le Studiolo, 27 rue du Docteur Potain dans le 19ème arrondissement de Paris pour y faire la rencontre de Julie Auzillon, créatrice de reliure, Kaori Kurihara, créatrice de bijoux en céramique et Olivia Paroldi, artiste graveur et illustratrice. Trois femmes inspirantes aux univers singuliers…

Julie Auzillon

Dès mon entrée, je suis accueillie par le sourire communicatif de Julie. De toute évidence, elle aime rencontrer le public et transmettre sa passion. C’est donc avec une grande aisance et en toute humilité qu’elle me commente ses créations exposées : de jolis carnets aux couvertures décorées de motifs japonais aux lignes sobres et élégantes. Je suis tout de suite séduite, vous pensez bien !

Elle m’explique avec enthousiasme les différentes techniques ancestrales qu’elle s’est appropriée pour arriver à ce résultat ultra moderne. Je griffonne sur mon petit carnet en essayant de ne rien oublier afin de vous retranscrire au mieux ses propos… La prochaine fois, je déclencherai mon dictaphone, cela m’évitera une luxation du poignet 😉

Le graphisme tout d’abord. Julie a adapté la technique au motif.

Pour les motifs aux tracés fins et complexes, elle met en oeuvre le marquage à chaud. Ce procédé, utilisé classiquement pour la dorure, consiste à transférer grâce à la chaleur un film de couleur sur un support via à une presse comprenant le motif désiré.
La modernité, Julie l’apporte par le motif bien évidemment mais aussi par l’association des couleurs du décor et de la couverture : doré sur noir, cuivré sur blanc, argenté sur noir…

Pour les motifs en relief, c’est le gaufrage qu’elle privilégie. L’originalité réside cette fois dans le choix du papier : celui qu’elle utilise s’amincit sous l’effet de la chaleur mais ne crée pas d’empreinte sur le verso qui reste parfaitement lisse. En d’autres termes : des creux mais pas de bosses. N’en déplaise aux chameaux… ou aux dromadaires ?… Bref, je m’éloigne du sujet. Blanc sur blanc, le résultat est du plus bel effet.

 

Carnets décorés par marquage à chaud et gaufrage

 

Enfin, pour les motifs en trompe l’oeil qui demandent de jouer avec les ombres et les nuances de couleurs, Julie a opté pour la découpe : en retirant la première couche de papier, elle découvre un support plus clair qui crée le contraste nécessaire pour donner l’illusion de la 3ème dimension.

Effet trompe l’oeil créé en « pelant » le papier

 

Quant à la reliure, il s’agit de la couture sur ruban. Julie a bien évidemment adapté cette technique classique à sa sauce, a simplifié le procédé et a choisi de laisser la couture apparente.

Fidèle à la maxime de Lavoisier “Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme” – et aussi parce que cela fait trop mal au cœur de jeter des chutes aussi belles – Julie a suivi le conseil de ses amies et s’est éloignée de la reliure le temps d’une série de bijoux.

Julie a imaginé cette série de carnets en 2015 pour le Prix de la Jeune Création Métiers d’Art, d’Ateliers d’Art de France, dont elle a été lauréate. C’est là qu’elle a rencontré Kaori Kurihara, autre lauréate, avec qui elle partage aujourd’hui son atelier.

 

Kaori Kurihara

Kaori est originaire d’Osaka et est arrivée en France en 2010.

Pourquoi la France ? Parce que La Droguerie ! Vous savez, cette véritable caverne d’Ali Baba qui regorge d’apprêts, de rubans, de perles… Et bien, ce magasin existe également à Tokyo et à Kyoto et pour Kaori, l’image de la France ce n’était ni la baguette, ni le béret mais La Droguerie ! Amusant, non ?

Formée à la céramique à Kyoto et à la bijouterie contemporaine en France, elle imagine des bijoux inspirés de la nature. Elle reproduit d’abord des durians. Vous savez, ces fruits très graphiques mais qui… bah qui puent quoi, je crois qu’il n’y a pas d’autre mot.

Puis, ce sont les fleurs.

Il faut voir ici un champs de coquelicots avec le ciel au centre

Ici c’est une marguerite qu’on effeuille et dont il ne reste plus qu’un ultime pétale

Finalement, elle se déplace dans le monde marin. Elle m’explique en effet que le Japon lui manque parfois. Mais seulement quand elle en est éloignée parce que, dès qu’elle passe quelques jours là-bas, c’est la France qui lui manque. Et elle se sent ici chez elle. Mais elle a parfois besoin de s’évader dans un milieu sans frontière ni culture : l’océan, la profondeur des mers. Elle crée ainsi des broches en forme d’oursins et imagine des perles de poulpes !

Perles de poulpes…

 

Olivia Paroldi

Olivia, artiste graveur et illustratrice, a été invitée par Julie.

Tout comme Julie, elle choisit sa technique de gravure en fonction du rendu souhaité.

Pour une illustration très contrastée, aux traits marqués, elle partira du bois dont elle gravera la surface pour créer un négatif.

Pour une illustration plus nuancée et détaillée, elle travaillera le cuivre. A l’aide d’une pointe sèche, elle gravera son dessin sur une plaque de cuivre recouverte de vernis. La plaque de cuivre sera ensuite immergée dans des bains d’acides qui attaqueront les parties de la plaque où le vernis a été retiré. Les nuances de noirs dépendront du temps d’immersion dans les bains d’acides : plus longtemps la plaque sera au contact de l’acide, plus les sillons seront profonds et plus le trait sera noir lors du transfert sur le support.

 

Cette estampe serait du plus bel effet dans mon cabinet de curiosité n’est-ce pas ? Un poumon ? Pas seulement. Olivia a suivi une formation à l’illustration médicale et scientifique OK. Mais elle est avant tout une artiste et son regard identifie des similitudes entre les organes humains et des éléments aquatiques qu’elle fait se fusionner dans ses dessins.

L’estampe, Olivia a envie de la sortir de son milieu cossu et protégé. Alors elle en fait de grand format qu’elle colle sur les murs des villes et qui seront abîmés par le temps qui passe et les intempéries. Il faut que ses créations vivent. Comme les personnes des quartiers qu’elle dépeint. Elle illustre les murs comme les pages d’un livre.

Détails d’estampes urbaines

 

Ce qui m’a particulièrement touchée dans ces rencontres, c’est la conviction de ces femmes pour leur art et leur passion. Le chemin n’est pas toujours facile et, comme me l’a dit Julie, il faut savoir prendre des risques. Mais le jeu en vaut la chandelle, il suffit de voir leur visage s’éclairer quand elles vous parlent de leurs créations. Alors, si vous allez les voir, ne leur demandez pas si elles arrivent à vivre de leur travail, ce n’est pas l’essentiel. Ce que je retiendrai de ces rencontres c’est qu’il faut croire en soi, ne pas renoncer à ce qu’on aime. Tout se mettra en place autour de vous pour atteindre votre but, il faut juste être à l’écoute des signes…

Une petit vidéo très inspirante conseillée par Julie : le pouvoir de l’intention.
Merci encore les filles pour votre accueil !

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2 réflexions sur “JEMA 2017 – Jolies rencontres

  1. Elisabeth D dit :

    J’ai une préférence pour Julie Auzillon peut-être parce que j’ai fait de la reliure dans le passé. J’aime beaucoup sa technique de découpage du papier. Si tu veux voir une jolie boutique de broderie japonaise sashiko, je te conseille d’aller au 107bis rue Marcadet, c’est nouveau. A bientôt Elisabeth.

    Aimé par 1 personne

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